Passé en Elite pro il y a à peine un an, Julien Etchegaray est aujourd’hui sélectionné pour le tournoi du Super Prestige, en tête à tête. Portrait d’un pilotari à l’allure tranquille.

Champion du Pays Basque en trinquet par équipes, passé en Elite pro en début d’année, Julien Etchegaray a vite gravi les échelons et participé aux plus gros tournois cet été (Anglet, Master de Bayonne). Aujourd’hui, un nouveau défi s’offre à lui : le Super Prestige, qui commence ce lundi. Sélectionné pour la première fois, à 27 ans, le natif d’Ossès s’entraîne depuis plusieurs semaines : “je cours tous les jours et j’essaie de taper deux ou trois fois par semaine”, confie-t-il. Ce sera son premier tournoi en individuel. Face à lui, Antton Monce, qui l’an dernier avait battu Antton Amulet au premier tour. “Depuis deux ou trois mois, je trouve qu’il fait des bonnes parties. Je m’attends à une partie compliquée, il faudra que j’évite sa volée”, annonce-t-il.

Posé, Julien Etchegaray compte prendre ce tournoi “partie par partie”. Sans se montrer, petit à petit, il a su s’imposer en Elite pro. Un statut d’indépendant auquel il ne pensait pas accéder il y a un an encore. “A la fin du championnat du Pays Basque, Peio Guichandut, mon coéquipier, m’a dit de tenter ma chance et de faire la demande”. Ce qu’il a fait. Et il a été accepté en même temps que Peio Guichandut.

Tous les deux ont été sélectionnés pour le Championnat de France par équipes. Peio Guichandut en groupe A, Julien Etchegaray en groupe B. Mais il a créé la surprise en passant dans le groupe A après avoir remporté les barrages. Il a même failli renverser la paire Bielle-Ducassou en demi-finale. Une partie qu’il n’oubliera pas de si tôt car perdue d’un point. “On a perdu à cause de moi, je n’ai pas buté comme il fallait, se souvient-il. Ça a été une bonne leçon pour moi. On s’est quand même éclatés avec Vincent Lazcano. Ça a été un super championnat avec un super mec”. Un de ses nombreux souvenirs qu’il n’oubliera pas. “Si on m’avait dit ça il y a dix mois, j’aurais signé en suivant”, sourit-il.

D’autant plus qu’il aurait pu ne pas percer dans la pelote. Touche à tout, il a fait du tennis, du judo et aussi du rugby. A 18 ans, il est parti à l’Aviron Bayonnais, y a joué jusqu’à 21 ans et a mis la pelote de côté. Il a même eu l’opportunité de signer un contrat espoir à Oyonnax. “Je voulais rester ici. Je suis retourné au club de rugby de Nafarroa et je me suis remis à jouer à la pelote”. La pelote qu’il a connu à l’âge de neuf ans, grâce à sa maman. “Elle aimait beaucoup la pelote et m’emmenait voir des parties et des entraînements. J’ai commencé à jouer au club de la Zaharrer Segi de Baigorri”. Cumulant rugby et pelote pendant un moment, il a finalement abandonné le rugby en mai 2015.

“J’ai eu une baisse de régime”

Dans sa vie professionnelle aussi cela aura été mouvementé. “A la base je voulais partir dans le secteur agricole. Mon oncle avait une exploitation. Mais mon grand frère, Anthony, faisait déjà des études agricoles, cela faisait beaucoup pour nos parents, surtout que l’agriculture est un secteur précaire, raconte-t-il. Mes parents n’avaient pas d’exploitation donc j’aurais dû être ouvrier agricole ou racheter une exploitation”. Un pari risqué. Il a finalement travaillé chez Goicoechea comme potier.

Et ce n’est pas tout. N’ayant pas l’âge requis pour partir à Montauban faire une école de potier, il s’est redirigé vers la menuiserie et a obtenu un BEP puis un BP. Et comme si cela ne suffisait pas, il a aussi travaillé un an dans la marine pendant qu’il était en contrat avec l’Aviron Bayonnais. Une fois rentré au centre de formation du club de rugby, il a aussi suivi une formation pour passer un BP de technicien d’études dans le bâtiment et a ensuite travaillé comme conducteur de travaux en plâtrerie chez Erramouspé.

Aujourd’hui, il est revenu vers le monde agricole et a lancé son entreprise, Idi-Etxe, en septembre 2015, avec l’oncle de sa femme. Pour la petite anecdote, ce nom a deux significations, explique Julien Etchegaray : “Idi, pour Idieder, le nom de famille de mon associé et Etxe pour Etchegaray. Mais Idi vient également de ‘idiak’, les bœufs (en basque). On peut donc le traduire par la maison des bœufs. Et la ferme où nous sommes installés, Agerria, est la dernière maison d’Irissarry où il y avait des bœufs”.

Avec son associé, il a mis en place de la vente d’agneaux en caissette et s’occupe de la transformation fromagère. D’ici 2018, ils seront d’ailleurs certifiés bio. Une activité qui lui prend du temps. “C’est parfois compliqué à gérer, confie-t-il. Il y a quelques mois j’ai eu une baisse de régime. J’ai la ferme, je me suis marié au mois de septembre donc il fallait s’occuper des préparatifs, plus les tournois de pelote, ça faisait beaucoup de choses”.

Bien entouré, “très famille” comme il le dit, il arrive à tenir le cap grâce aux siens. “Mon grand-père me suit à toutes les parties, ma mère est à fond depuis que j’ai l’âge de jouer à la pelote, ma femme, ma belle-mère aussi me suivent”, raconte-t-il. Son frère le suit également, et le soutient pendant ses parties. “C’est hyper important pour moi d’avoir une personne en qui j’ai confiance à mes côtés, sur qui je peux compter. Que ce soit mon frère ou Peio Guichandut, avec qui je m’entends toujours bien”. Lundi, au trinquet Garat de Saint-Jean-Pied-de-Port, Julien Etchegaray aura l’occasion de montrer ce qu’il vaut en tête à tête. Un peu trop “gentil” parfois, dit-il lui-même, il devra retrouver sa gnak de rugbyman pour s’imposer face à Antton Monce.

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